Qu'est-ce que la transe consciente ? Démystification et bases scientifiques
- Les Autres Nous

- 24 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 août

La transe consciente, qu'est-ce que c'est exactement ?
Le mot « transe » charrie beaucoup d'images : pendule qui se balance, regard vide, perte de volonté, spectacle de music-hall. La réalité est à la fois plus simple et plus intéressante.
La transe consciente est un état de conscience modifié dans lequel votre attention se détourne de l'agitation extérieure pour s'orienter vers votre monde intérieur. Contrairement aux clichés, vous n'y perdez ni votre lucidité, ni votre volonté, ni le fil de ce qui se passe. Vous restez présent et acteur.
Votre manière de percevoir et de traiter l'information se transforme momentanément.
Ce n'est pas du sommeil : vous êtes éveillé·e. Ce n'est pas une absence : vous êtes au contraire très concentré·e. C'est un état d'attention particulier, à la fois détendu et focalisé, dans lequel le dialogue avec soi-même devient plus direct.
Durant ces moments, le corps peut s'exprimer davantage, les émotions ressortir, les tensions se métamorphosées, et les prises de conscience apparaitre.
Par exemple pour Camille, sa première expérience a été une boule au ventre qui devait sortir, comme un trop plein accumulé au fil des années, une sorte de nausée qui s'est manifestée par une envie forte de déglutir, comme après avoir mangé quelque chose qui n'était pas frais.
Grâce à la transe, cerla a pu être discerné et neutralisé, notamment en laissant venir certains mouvements et certains sons spontanés.
C'est plus légère qu'elle est sortie de cette première fois. Pour Simon, c'est surtout une colère sous-jacente, jamais exprimée, qui a pu progressivement être apaisée et transformée en des dispositions psycho-affectives plus constructives. Il a passé plusieurs séances a laissé s'exprimer cette colère, pour qu'elle soit réduites à une expression de plus en plus minime.
Pour lui, il a ainsi pu gouté à une sérénité qu'il n'avait pas connu depuis très longtemps
Un état que vous connaissez déjà
Contrairement à l'idée reçue qui les associe à l'exceptionnel ou au mystique, les états non ordinaires de conscience font partie de l'expérience humaine la plus banale. Vous en traversez régulièrement : absorbé dans un livre au point de ne plus entendre qu'on vous parle ; au volant sur un trajet familier, arrivé à destination sans souvenir précis du chemin ; ce moment suspendu, juste avant de vous endormir, où des images surgissent toutes seules.
La transe consciente ne crée donc rien d'étranger à vous. Elle rend simplement volontaire, guidé, réversible et explorable un état que vous vivez déjà spontanément.
C'est toute la différence : passer de quelque chose qui vous arrive à quelque chose que vous choisissez et que vous pouvez maitriser.
Que se passe-t-il dans le cerveau ? Ce que dit la science
Longtemps reléguée du côté du folklore, la transe a fait l'objet, ces vingt dernières années, de recherches en neuro-imagerie sérieuses. Les résultats convergent : il se passe quelque chose de mesurable et de reproductible dans le cerveau.
L'étude la plus citée est celle de l'équipe du Dr David Spiegel, à l'Université Stanford, publiée en 2016 dans la revue Cerebral Cortex. En observant par IRM fonctionnelle le cerveau de 57 personnes pendant une induction, les chercheurs ont identifié des changements dans trois régions précises : notamment une baisse d'activité dans une partie du cortex cingulaire, et une diminution de la connexion entre le cortex préfrontal et le « réseau du mode par défaut » — le réseau associé à la rumination, au vagabondage mental et à la conscience de soi. Concrètement, c'est ce qui explique qu'en transe, on se sente moins « observateur de soi » et davantage immergé dans l'expérience.
Un second marqueur revient dans la littérature : l'activité des ondes thêta (entre 4 et 7 hertz). Plusieurs travaux en électroencéphalographie associent l'approfondissement de la transe et de la méditation à une augmentation de ces ondes lentes, également présentes dans la rêverie. Certaines recherches suggèrent même que l'activité thêta favorise la neuroplasticité — la capacité du cerveau à se réorganiser — ce qui éclaire pourquoi une pratique régulière rend l'accès à ces états plus fluide.
Une précision s'impose : la science ne tranche pas tout. Le débat reste ouvert pour savoir si la transe constitue un « état » unique et bien défini, et les individus y accèdent avec des facilités variables. Mais sur un point, le consensus est clair : il s'agit de modifications réelles, contrôlables et réversibles de l'activité cérébrale.
Notre position sur la question au sein de Les Autres Nous repose sur une forme de modestie : n'étant pas scientifiques mais bien des "pratiquants" des états modifiés de conscience, une grande part de notre expertise se basera sur notre vécu et sur celui de nos participant·e·s.
Cela a plusieurs conséquences. D'une part, nous restons humbles sur le vécu d'autrui, nous n'affirmerons aucune vérité, car la transe est aussi unique que la personne qui la vit.
Ensuite, nous ne prendrons pas de parties sur la dichotomie "science" / "spiritualité; ésotérisme, etc". En effet, chacun possède son système de croyances et nous le respectons. Certain·e·s auront besoin de concepts religieux, alors que d'autres ne jurerons que par les neurosciences, et tout cela a sa place dans nos ateliers. Mais cela implique finalement le dernier éléments : nous demandons à chacun·e de respecter aussi les sensibilités des autres, quelles qu'elles soient.
Les avancées scientifiques sur la conscience sont bien trop fragiles et discutées pour qu'on puisse aujourd'hui prétendre quoi que ce soit de définitif sur la question (qu'est-ce que la conscience ? Où se loge-t-elle physiquement dans le cerveau ? Est-elle duelle ou non ? etc).
Nous créons ainsi des espaces de débats féconds que nous espérons enrichisants pour tout le monde.
Transe consciente ou hypnose : quelle différence ?
Transe et hypnose mobilisent toutes deux des états modifiés de conscience et partagent une partie de leurs mécanismes cérébraux. La différence essentielle ne tient pas tant à l'état lui-même qu'à l'intention et à la place de chacun.
En hypnose, un praticien guide généralement la personne vers un objectif précis, souvent par des suggestions. Dans l'approche de la transe consciente que nous défendons, l'enjeu est différent : apprendre à accéder par vous-même à ces états, pour les explorer et les orienter vous-même.
Nous détaillons cette comparaison dans notre article « Transe, hypnose, méditation : quelles différences concrètes ? ».
La transe consciente est-elle dangereuse ?
Pratiquée dans un cadre éthique et rigoureux, la transe consciente ne présente pas de danger. Vous restez lucide et maître de l'expérience à chaque instant : vous pouvez la ralentir, la réorienter ou l'interrompre quand vous le souhaitez. Personne ne vous fait faire quoi que ce soit contre votre volonté — ce pouvoir-là relève du mythe de l'hypnose de spectacle, pas de la réalité d'un accompagnement sérieux.
Cela ne veut pas dire qu'elle convient à tout le monde, en toute circonstance. Certaines situations — troubles psychiatriques actifs, épisodes dissociatifs, fragilités psychotiques — appellent d'autres formes d'accompagnement. La transe consciente relève du développement personnel et du mieux-être ; elle ne remplace ni un suivi médical, ni une psychothérapie. Un cadre sérieux passe toujours par une évaluation préalable et par la liberté, à tout moment, de dire non.
En ce qui concerne nos stages collectifs HoloSelf, les craintes dont nous font part les participant·e·s reposent majoritairement sur deux choses. La première, c'est l'idée de rester pour toujours dans un état modifié de conscience, comme s'ils allaient perdre le contrôle sur elles/eux-mêmes, et ce sans retour possible.
Notre approche est progressive et nous faisons tout pour que les personnes gardent un contrôle sur le vécu. C'est donc très peu probable que cela arrive, c'est même pour ça qu'en plus de 5 ans d'accompagnement nous n'avons encore aucun incident à déplorer.
L'autre crainte est un peu l'inverse, c'est à dire que certain·e·s pensent souvent qu'ils/elles ne leur arrivera rien, ou qu'ils / elles ne sont pas capables de se laisser aller, ou de vivre quoi que ce soit (le fameux "je suis cartésien", bien que Descartes a certainement du avoir des moments de transe lors de ses prises de conscience).
Généralement, nous avons entre 10 et 20% de ce profils lors de nos ateliers, et c'est souvent lors des debriefs entre les séances que ces participant·e·s se rendent comptes qu'il y a souvent beaucoup de choses qui se passent quand "rien ne se passe". Par l'échange, nous leur faisons souvent prendre conscience qu'ils / elles ont vécu plus de choses que leur mental ne peut forcément retenir (un geste, une émotion, etc).
Comment entre-t-on en transe consciente ?
On peut être accompagné par une voix, un environnement, ou des inducteurs sensoriels comme le son et le rythme, dont les effets sur l'entrée en transe sont aujourd'hui documentés. Mais l'essentiel, pour nous, est ailleurs : apprendre la transe auto-induite, c'est-à-dire la capacité à entrer dans cet état par vous-même.
C'est le cœur de notre méthode, HoloSelf. Plutôt que de vous rendre dépendant d'un praticien, nous vous transmettons les clés pour accéder seul à vos états intérieurs, les explorer et les mettre au service de ce qui compte pour vous. La pratique régulière, comme pour un instrument ou un sport, rend cet accès de plus en plus naturel — et c'est là que la transformation s'installe durablement.
Pour passer à la pratique, voir notre guide « Comment entrer en transe sans substances ni rituel ».
À propos des auteurs
Cet article a été écrit par Camille et Simon, praticiens en transe consciente et co-créateurs de la méthode HoloSelf, au sein de l'organisation Les Autres Nous (Bruxelles). Simon est formé en hypnose ericksonienne transpersonnelle et en psychopathologie ; Camille est formée à la transe générative par Stephen Gilligan et spécialisée en communication animale. Ensemble, ils accompagnent particuliers et praticiens depuis [nombre] ans, en présentiel et en ligne.


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